Histoire et patrimoine d'Élesmes

Vue aérienne du village d'Élesmes

Voyager à travers l'histoire d’Élesmes, c’est découvrir les racines profondes d'une commune de l'Avesnois qui a traversé les siècles avec résilience. Des premiers vestiges romains aux reconstructions de l'entre-deux-guerres, le village possède un riche passé qui se lit encore aujourd'hui à travers ses monuments, ses paysages de bocage et ses édifices préservés.

Des origines antiques à l'époque moderne

Bien que les premiers textes officiels mentionnant le village n'apparaissent qu'à la fin du XIème siècle sous l'appellation de Hellemmes (qui évoluera progressivement vers son écriture actuelle), l’origine de la bourgade est bien plus ancienne. Des fouilles archéologiques ont mis au jour des médailles et monnaies antiques aux effigies des empereurs Auguste et Tibère, prouvant une activité dès l'époque gallo-romaine. À cette période, le village était une place d'importance, disposant probablement de sa propre cure et d'un marché local.

Au fil des siècles, le village subit les soubresauts des guerres féodales. En 1185, Élesmes est ravagé par les troupes conjointes du duc de Brabant et de l'archevêque de Cologne, alors en conflit contre le comte de Hainaut.

Le temps des seigneuries

À partir du XIVème siècle, le territoire d'Élesmes se retrouve partagé entre deux puissantes seigneuries :

  • La première seigneurie : Propriété de Wautier de Husten (qualifié de seigneur d'Hélemmes dans un acte officiel de 1346), elle constitua pendant longtemps un arrière-fief relevant directement des sires de Quiévrain.
  • La seconde seigneurie : Liée aux seigneurs de Mortagne, Potelles, puis Romeries, elle passa ensuite entre les mains des sires de Clarges. L'histoire locale est marquée par le destin tragique de François de Clarges : ayant pris parti pour la Réforme religieuse, il fut condamné et eut la tête tranchée sur la grand-place de Mons le 24 février 1573. Ses terres furent rachetées par la prestigieuse maison de Sainte-Aldegonde. La demeure seigneuriale d'Élesmes sera rebâtie en 1595 sur les ruines de l'ancien château fortifié.

Évolution et anecdotes de la vie élesmoise

Le Moulin de l'Hôpital à Élesmes

Au milieu du XVème siècle, Élesmes n'était qu'un petit hameau de 21 foyers. La population progresse lentement pour atteindre 131 habitants en 1709, puis connaît un véritable essor au XIXème siècle, comptant 489 habitants répartis dans 96 habitations en 1851.

Le développement du village est intimement lié à ses ressources en eau. Le célèbre Moulin de l'Hôpital était autrefois alimenté par le ruisseau éponyme, au niveau du ravin traversé par la route historique reliant Maubeuge à Binche. Cette plaine calcaire regorgeait d'une multitude de sources naturelles.

Le passage du Roi Soleil : L'une de ces sources, baptisée la Fontaine Louis XIV, est entrée dans la légende locale. Le souverain s'y serait désaltéré en 1692 lors de son déplacement vers le camp militaire de Givry.

Élesmes dans la tourmente de la Première Guerre mondiale

Le mois de septembre 1914 marque une page sombre pour la commune. Situé sur la ligne de front lors du siège de Maubeuge, le village d’Élesmes fut en grande partie réduit en cendres par de violents bombardements d'artillerie. L’église fut incendiée, tandis que l’école des filles, le presbytère, la mairie-école des garçons et le moulin de l’Hôpital subirent des destructions majeures.

Au-delà des pierres, le tribut humain fut lourd : près d'une centaine de soldats et de civils perdirent la vie sur le territoire communal, d'abord inhumés à la hâte sur place avant de rejoindre la nécropole et le cimetière militaire d’Assevent.

Pour son courage et sa résilience face à l'occupant, la commune d'Élesmes s'est vu attribuer la Croix de Guerre avec citation à l'ordre de l'armée, portant cette mention officielle :

« Vaillante cité qui a été en grande partie détruite par de violents bombardements et dont la population a conservé une attitude des plus énergiques pendant l'occupation ennemie. »

Le patrimoine bâti à visiter

L'Église Saint-Martin

Trouvant ses origines au XVIème siècle, l'Église Saint-Martin s'élève sur un magnifique socle de pierre bleue de la région, surmonté de maçonneries en briques rouges. Les stèles incrustées dans son mur de soutènement témoignent d'une importante restauration en 1738.

Intégralement détruite lors des incendies de 1914, elle fut rebâtie à l'identique en 1923. Plus récemment, en 2010, sa charpente et sa toiture ont été entièrement rénovées pour préserver l'édifice. Élesmes fait partie de la Paroisse Sainte Aldegonde en Val de Sambre. À l'intérieur, l'église abrite un remarquable chemin de croix composé de quatorze tableaux, ainsi qu'un monument à la mémoire d'Arthur Hannecart, glorieux combattant local tombé au champ d'honneur le 31 mai 1917, offert par son épouse Vitaline Gillot.

Église Saint-Martin d'Élesmes L’église d’Elesmes rebâtie en 1923

Le Monument de la Famille Gobert-Gillot (Derrière l'Église)

Monument Gobert Gillot derrière l'église d'Élesmes

Situé immédiatement derrière le chevet de l'église, un monument historique particulier rend hommage à la famille Gobert-Gillot, une lignée de notables incontournables qui a profondément marqué l'administration locale sous l'Ancien Régime. Ce mémorial est dédié à la mémoire des enfants de Lamoral François Gobert (1719–1769), Bailli et censier d'Élesmes, et de Marie Anne Gillot (1734–1824) : Lamoral (1763–1850), Charles (1759–1850), Jules (1761–1855) et Tibule Gobert (1769–1843).

Les archives départementales du Nord (cote ADN J 942/93) conservent les traces de leur influence à travers leur contrat de mariage d'Ancien Régime, signé le 28 janvier 1757 par-devant Maître Antoine Joseph Aufrère, notaire royal à Maubeuge. Ce document stipule la transmission de la charge de Bailli de la seigneurie d'Élesmes et l'exploitation des grandes terres agricoles rattachées aux Dames du Chapître de Sainte-Aldegonde de Maubeuge, illustrant le statut socio-économique élevé de cette dynastie de laboureurs et d'hommes de loi dans la prévôté de Maubeuge.

La Chapelle Notre-Dame-d'Heureux-Trépas (1681)

Chapelle Notre-Dame d'Heureux Trépas à Élesmes Inscription gravée au dessus de la porte de la chapelle Notre-Dame d'Heureux Trépas à Élesmes

Ce joyau d'architecture religieuse du XVIIème siècle, situé à l'intersection de la route de Maubeuge et de la rue de la Chapelle, constitue un témoignage majeur de l'art sacré de la Thiérache et de l'Avesnois. Construite en pierre bleue locale et en briques, elle fut érigée en 1681 par Jean Gillot et célébrée sous l'autorité spirituelle de l'évêque de Cambrai.

Le linteau en pierre surplombant la porte d'entrée conserve une inscription gravée remarquable en lettres capitales d'époque, promettant des indulgences aux fidèles de passage :

"PAR MONSIGNEVR DE CAMBRAI IHS CELEVY QVY PASSE ICY DISANT PATER AVE MARIA GAINNE 40 IOVR DE PARDON NOSTRE DAME D’HEVREVX TREPA S DRVON IAN GILO A FAICT ASCHEVER CEST CHAPEL AVEC LASSISTANCE DE BIEN FAITEVR LAN 1681 REQVIESCAT IN PACE"

La Chapelle Notre-Dame-des-Anges

La Chapelle Notre-Dame-des-Anges se distingue par son intégration urbanistique tout à fait unique dans la région. Située au carrefour de la rue du Pont de Pierre et de la rue Haute, elle fait corps avec le bâti résidentiel environnant.

Lors de sa construction, deux habitations privées ont été érigées simultanément de part et d'autre de l'édifice religieux. Conçues selon une composition architecturale parfaitement symétrique, ces maisons s'adaptent et épousent la forme de la chapelle à l'angle de la rue. La niche centrale abrite la dédicace protectrice traditionnelle : « Notre Dame des Anges priez pour nous ». Cet ensemble architectural remarquable témoigne de l'ingéniosité des artisans maçons de l'époque et constitue une curiosité patrimoniale incontournable du village.

Chapelle Notre-Dame des Anges à Élesmes

Le Monument aux Morts d’Élesmes

Monument aux Morts d'Élesmes

Érigé au cœur du village, le Monument aux Morts d'Élesmes est un poignant lieu de mémoire dédié aux enfants de la commune tombés pour la patrie lors des grands conflits du XXème siècle. Il rappelle le sacrifice ultime de la centaine de soldats et civils de la localité, dont beaucoup durent être inhumés sur place avant de rejoindre la nécropole militaire d'Assevent.

Ce lieu de recueillement incarne la mémoire collective des Élesmois et sert de cadre chaque année aux commémorations officielles, honorant le courage d'une commune légitimement décorée de la Croix de Guerre.

L'Aérodrome de la Salmagne : Un siècle d'histoire aérienne

L'Aérodrome de la Salmagne

Situé à cheval sur les communes d’Élesmes et de Vieux-Reng, l’aérodrome intercommunal de Maubeuge - Élesmes (dit de la Salmagne) est un site historique exceptionnel pour l'aviation dans le Nord. Véritable berceau aéronautique, ce champ d’aviation fut l’un des tout premiers terrains d'entraînement des pionniers de l'air.

Dès septembre 1910, un grand meeting aérien y rassemble les premiers monoplans et biplans aux ailes de toile, portés par les aviateurs héroïques de l'époque : Bathiat, Champel, Didier, Parent et le célèbre Édouard Nieuport. Entre 1911 et 1912, un imposant hangar pour dirigeables y est construit. Jusqu'au 31 juillet 1914, la célèbre escadrille de Deperdussin (la D4) y stationne avant le déclenchement de la Grande Guerre.

Le site reprend une activité militaire stratégique à la fin des années 1930 avec l'installation de la compagnie de l'air 90/107 en 1939, suivie par divers groupes de chasse de l'Armée de l'Air en avril et mai 1940. À la Libération, la Salmagne joue un rôle clé en servant de relais dans le pont aérien crucial établi avec l’Angleterre.

Une base de loisirs et un lieu de vie dynamique

C'est en 1950 que l’Aéro-club de Maubeuge obtient l’autorisation officielle de disposer du terrain, ouvrant la voie à sa vocation civile et touristique actuelle. Aujourd'hui, l'aérodrome de la Salmagne vous propose une gamme d’activités aériennes exceptionnelle tout au long de l’année :

  • Écoles de pilotage : cours pour avions légers, planeurs et ULM.
  • Sensations fortes : baptêmes de l'air pour découvrir les paysages de l'Avesnois vuis du ciel et sauts en parachute.
  • Modélisme : sections dédiées à l'aéromodélisme.

Bien plus qu'une simple piste d'aviation, l'aérodrome est devenu un véritable espace de convivialité. Le site dispose de structures d'accueil complètes qui permettent aux passionnés et aux visiteurs de passage de se restaurer et même de séjourner sur place au cœur de ce cadre aéronautique unique.

Note historique : Informations rédigées d'après les recherches de l’Université du Temps Libre de Maubeuge.